Comment faire une reconversion professionnelle quand on est en CDI ?

En France, la reconversion professionnelle n’est plus un phénomène marginal. Selon l’étude “Parcours de reconversion professionnelle” publiée par France Compétences en 2022, 17% des salariés du privé ont réalisé une reconversion active et volontaire au cours des cinq dernières années, en engageant personnellement des démarches pour y parvenir.

Pour les salariés en CDI, la question n’est alors plus vraiment “faut-il se reconvertir ?”, mais “comment le faire ?”. Le CDI n’est pas un frein, il permet d’anticiper, de se former progressivement et de basculer vers un nouveau métier avec un vrai filet de sécurité. Étapes, dispositifs, choix du bon métier : voici comment faire une reconversion professionnelle quand on est en cdi.

Points clés à retenir

  • Le CDI est un atout stratégique. Voici ses avantages : revenu stable, accès à des dispositifs de formation réservés aux salariés, temps d’anticiper le changement.
  • 5 étapes clés à suivre : clarifier ses motivations, se faire accompagner si besoin (CEP, bilan de compétences), choisir son rythme de formation, tester son projet, planifier sur 12 à 24 mois.
  • Plusieurs dispositifs de financement : CPF, OPCO, Transition Pro (nouveau cadre depuis janvier 2026), plan de développement des compétences.
  • Formation possible sur le temps libre : formation digitale, les soirs, les week-ends, particulièrement adapté aux formations à distance.
  • Accompagnement gratuit : le Conseil en Évolution Professionnelle (CEP) est accessible sans condition d’ancienneté et confidentiel.
  • Anticipation clé : 9 à 12 mois sont recommandés pour les démarches administratives.
  • Un cas particulier utile : le CDI peut être suspendu pour signer un contrat d’apprentissage (article L.6222-13 du Code du travail).

Pourquoi envisager une reconversion professionnelle en étant en CDI ?

Les motivations d’une reconversion en CDI sont variées, mais elles se recoupent autour de quelques grandes tendances observées ces dernières années :

  • La quête de sens : arriver au bureau chaque matin sans conviction, exercer un métier qui ne correspond plus à ses valeurs. C’est la première raison invoquée par les actifs en reconversion.
  • Les conditions de travail : horaires lourds, management difficile, pression constante, manque d’autonomie ou d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
  • Le burn-out ou l’usure professionnelle : quand la santé mentale ou physique commence à souffrir, changer de métier devient une nécessité.
  • La rémunération : salaire qui ne progresse plus, absence de perspectives d’évolution.
  • L’attractivité de secteurs en tension : certains secteurs (métiers de bouche, santé, artisanat, transition écologique) offrent des débouchés rapides et des reconversions valorisées.

Les étapes pour réussir sa reconversion en restant en CDI

Étape 1 : clarifier ce que vous cherchez

Avant de vous lancer, prenez le temps de poser un diagnostic sur votre situation. Distinguez ce qui relève du poste actuel (management, équipe, horaires) de ce qui relève du métier lui-même.

Identifiez ensuite vos véritables motivations :

  • Recherchez-vous plus de sens dans votre travail ?
  • Voulez-vous plus d’autonomie, un métier plus manuel, plus créatif ?
  • Est-ce une question d’horaires, de rythme de vie, de rémunération ?
  • Voulez-vous travailler à votre compte à terme ?

Plus vos motivations sont claires, plus les choix suivants seront alignés.

N’hésitez pas à lire notre guide de la reconversion. Il comporte de nombreux outils pour préciser votre projet de reconversion dans les métiers de bouche : Accéder au guide de la reconversion de l’EISF.

Étape 2 : se faire accompagner

Deux dispositifs permettent de structurer votre projet :

  • Le Conseil en Évolution Professionnelle (CEP) : gratuit, confidentiel, sans condition d’ancienneté. Un conseiller vous aide à faire le point et à identifier les dispositifs adaptés.
  • Le bilan de compétences : accompagnement de 24h sur 2 à 3 mois, finançable par le CPF (dans la limite de 1 600€ depuis mars 2026). Il permet d’analyser vos compétences et de construire un projet professionnel concret.

Les deux dispositifs sont complémentaires : le CEP oriente les grandes lignes et le bilan de compétences approfondit et formalise le projet.

Étape 3 : choisir son rythme de formation

Deux formats sont possibles :

  • Formation sur le temps libre : soirs, week-ends, formation en ligne. C’est le format le plus flexible. À distance, il permet de continuer à travailler à temps plein.
  • Aménagement du temps de travail : passage à temps partiel (avec accord de l’employeur) ou mobilité interne pour dégager du temps.

Le choix dépend de votre équilibre vie pro/perso et du type de formation visée.

Étape 4 : tester son projet avant de s’engager

Avant de vous engager dans une formation longue, testez votre projet. Plusieurs formats existent :

  • Immersions professionnelles courtes (PMSMP) : périodes d’observation en entreprise, organisées avec France Travail.
  • Stages d’observation : passer une journée aux côtés d’un professionnel du métier visé.
  • Bénévolat ou projets parallèles : tester une activité proche du métier envisagé.
  • Micro-entreprise ou activité en freelance : lancer une petite activité en parallèle pour valider la viabilité du projet.

Étape 5 : planifier sur 12 à 24 mois

Comptez en général 12 à 24 mois entre le premier diagnostic et la transition effective vers le nouveau métier. Anticipez notamment :

  • Le bilan initial et les démarches d’accompagnement (1 à 3 mois).
  • La formation elle-même (variable selon le diplôme visé).
  • Les démarches administratives lourdes (dossiers CPF, période de reconversion, création d’entreprise) : jusqu’à 9 à 12 mois d’anticipation.
  • La transition entre la fin de la formation et la prise du nouveau poste.

Les dispositifs pour financer sa reconversion en CDI

Plusieurs dispositifs permettent de financer son projet de reconversion en tant que salarié en CDI :

  • Le Compte Personnel de Formation (CPF) : chaque salarié cumule des droits à la formation (500 à 800€ par an) à mobiliser librement pour une formation certifiante ou qualifiante.
  • La période de reconversion : nouveau cadre en vigueur depuis le 1er janvier 2026, qui permet d’alterner formation et travail avec une prise en charge par l’OPCO. Il remplace l’ancien dispositif Pro-A.
  • Le plan de développement des compétences : formations proposées ou négociées avec l’employeur via le service RH avec Transition Pro

Pour un panorama complet des dispositifs disponibles, consultez notre guide dédié aux aides à la reconversion professionnelle.

Suspendre son CDI pour signer un contrat d’apprentissage

Un cas particulier est prévu par l’article L.6222-13 du Code du travail : un salarié en CDI peut, d’un commun accord avec son employeur, suspendre son contrat de travail pour signer un contrat d’apprentissage. À l’issue de l’apprentissage, le CDI reprend automatiquement.

Ce dispositif est particulièrement adapté aux mobilités latérales dans un même secteur. Dans les métiers de bouche par exemple, il permet à un cuisinier de devenir maître d’hôtel, ou à un maître d’hôtel de devenir cuisinier, tout en conservant la sécurité de son CDI. L’entreprise, elle, garde un salarié qu’elle connaît déjà et lui fait acquérir une nouvelle compétence.

Pour en savoir plus, consultez notre guide sur le contrat d’apprentissage.

Comment choisir son nouveau métier ?

Deux critères permettent d’affiner son choix.

1. Cibler les secteurs porteurs

Certains secteurs recrutent activement et offrent des perspectives d’insertion rapides :

  • Les métiers de bouche et la restauration : aides de cuisine, cuisiniers, serveurs (1er secteur recruteur en France).
  • Les métiers du soin et de l’accompagnement : aides à domicile, auxiliaires de vie, aides-soignants.
  • Les métiers de l’industrie : maintenance, automatisation, transition énergétique.
  • Les métiers du numérique : cybersécurité, data, développement.
  • L’artisanat et le BTP : couvreurs, charpentiers, maçons qualifiés.

2. Vérifier la viabilité financière

Comparez le salaire moyen du métier visé à vos besoins réels (charges fixes, crédits, dépenses familiales). Une reconversion s’accompagne souvent d’une baisse temporaire de revenus pendant la formation et en début de carrière. Anticipez en constituant une épargne de sécurité (idéalement 6 à 12 mois de dépenses courantes).

Pour en savoir plus sur la reconversion dans les métiers de bouche, consultez notre article dédié sur la reconversion : quel métier choisir ?

Comment se lancer après la formation ?

Dès les premières semaines de formation, mettez à jour votre CV et votre profil LinkedIn en y intégrant votre nouvelle formation, les compétences acquises et les projets réalisés. Activez également votre réseau (anciens collègues, formateurs et professionnels rencontrés en stage) et préparez vos candidatures dès les dernières semaines pour éviter une période de latence entre la fin de la formation et la prise de poste.

Continuer à se former via des MOOC, des micro-formations ou des certificats de spécialisation reste essentiel, particulièrement dans les métiers en évolution rapide et les métiers manuels où l’expertise se construit dans la durée.

Pour les personnes qui se reconvertissent vers les métiers de bouche, l’EISF propose des formations 100% à distance aux différents CAP du secteur (Cuisine, Pâtisserie, Boulangerie, Chocolaterie-Confiserie, Services en HCR), accessibles à tout moment de l’année et éligibles au CPF. Plus d’informations sur nos formations pour adultes en reconversion.

FAQ

La reconversion est-elle possible à tout âge en CDI ?

Oui. Il n’existe aucune limite d’âge pour se reconvertir en CDI. Les dispositifs de formation (CPF, période de reconversion) sont accessibles à tous les salariés, quelle que soit leur ancienneté.

Faut-il informer son employeur de sa reconversion ?

Cela dépend du dispositif utilisé. Pour une formation suivie sur votre temps libre (soirs, week-ends, e-learning) financée par votre CPF, il n’y a aucune obligation d’informer l’employeur. Pour un aménagement du temps de travail, une période de reconversion ou une suspension de CDI pour apprentissage, l’accord de l’employeur est en revanche indispensable.

Quel est le rôle de France Travail dans une reconversion en CDI ?

France Travail (ex-Pôle emploi) accompagne également les salariés en poste, pas uniquement les demandeurs d’emploi. Il propose notamment des immersions professionnelles (PMSMP) pour tester un métier en conditions réelles, un accompagnement à l’orientation via le Conseil en Évolution Professionnelle (CEP) et des informations sur les métiers en tension et les débouchés régionaux.